Le Volapük* privilégie l’affranchissement des sens et des formes, sans se préoccuper de frontières entre les genres (toujours prompts à revendiquer leurs spécificités). C’est également parce que l’on formate les conditions de création que l’on formate les productions. La diversité des processus de création favorisera toujours la richesse des propositions. Du langage à la voix, du corps à l’image : le Volapük cherche à faire entendre certaines voix, celles d’artistes qui usent d’une langue nécessairement singulière, c’est-à-dire d’une langue qui bégaye, propre à révéler, à percer, à inventer le réel contemporain. Dans un autre langage, on dirait : décloisonner, déhiérarchiser. Le Volapük est un espace d’invention collective, où la fiction artistique prend corps sous le regard des spectateurs, tout proches, où les interrogations des auteurs-artistes s’incarnent dans le geste artistique même. Le Volapük est mû par un état d’esprit qui est aussi un désir d’émancipation, à l’égard notamment de la reproduction de formes dominantes ou attendues qui ne sont plus questionnées pour elles-mêmes. Le Volapük affiche une exigence envers l’écriture, parce qu’il interroge la nécessité et la mécanique dramatique. On pourrait dire : le Volapük aime les didascalies et les commentaires, les journaux de création, les essais, les traces vidéo, les dialogues de répétition, la reprise et les précisions. Le Volapük est à la recherche (ou, de notre avis, l’attestation) d’un mélange de langues – en acte. C’est la recherche ou l’invention d’une langue servant de lien entre des communautés artistiques différentes.

* Le volapük est la première langue internationale à avoir eu un début de succès, inventée en 1879 par le prêtre catholique allemand Johann Martin Schleyer (1831 -1912). Le vocabulaire du volapük est emprunté à diverses langues européennes (avec des déformations souvent importantes), mais les principales sources sont l’anglais et l’allemand. Par exemple, les mots vol (« monde ») et pük (« langue ») viennent des mots anglais world et speak. Le volapük connaît un succès rapide et fait en quelques années plus de 100.000 adeptes en Europe et en Amérique. Mais, des conflits entre « experts ès volapük » provoquent la disparition de la langue.
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